Franck Ulrich Djomo est psychologue, clinicien et psychothérapeute urgentiste à l’Hôpital du district de Deido. Avec lui nous avons exploré les contours de la santé mentale. En abordant tous les phénomènes qui marquent le quotidien de nombreuses personnes, à savoir l’anxiété, la dépression et le stress.
Nous parlons de santé mentale. Vous avez utilisé cette expression : « Quand le psychique et le somatique s’entremêlent ». Qu’est-ce que cela signifie ?
À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée chaque 10 octobre, nous avons organisé une table ronde. Autour du sous-thème : « Anxiété, dépression, stress et douleurs psychosomatiques ». Cette expression vise à attirer l’attention sur les liens entre le psychique et le somatique.
Le psychique renvoie aux processus mentaux : les pensées, les émotions, les sensations et les perceptions. Il concerne également la manière dont nous percevons les situations et traitons les informations.
Et le somatique, qu’est-ce que c’est ?
Le somatique renvoie à tout ce qui concerne le corps. On a souvent tendance à penser que le corps et l’esprit sont strictement séparés. Pourtant, ils interagissent. Les manifestations psychiques peuvent avoir des répercussions physiques.
Par exemple, lorsqu’on vous annonce une mauvaise nouvelle. Votre cœur peut se mettre à palpiter et votre rythme cardiaque à s’accélérer. Personne ne vous a touché physiquement, mais une information, une pensée. Et la manière dont vous interprétez la situation peut provoquer une réaction physiologique. Notamment une libération d’adrénaline.
Nous recevons également des patients qui présentent des symptômes physiques et passent plusieurs examens médicaux. Lorsque les examens ne mettent pas en évidence d’anomalie, cela ne signifie pas que leur souffrance est imaginaire. Certaines manifestations peuvent être liées à des facteurs psychologiques, notamment au stress. C’est dans ce contexte que l’on peut évoquer des symptômes ou des douleurs psychosomatiques, après une évaluation médicale appropriée.
Qu’est-ce que le cœur n’ose pas nous dire?
Lorsqu’on dit que le cœur n’ose pas nous dire. Très souvent on va recevoir un patient, il aura l’impression d’aller bien physiquement. Mais au fond, lorsqu’on essaie de l’écouter, de le mettre en confiance. On va se rendre compte qu’il a des traumas qu’il porte en lui et ces traumas le déchirent.
Il y a une étude américaine qui a montré que les expériences traumatiques de la petite enfance nous exposent à plusieurs pathologies à l’âge adulte. Par exemple, quelqu’un qui a vécu ce qu’on appelle les maltraitances physiques. La violence physique, la violence psychologique. Ou alors qui a été exposé aux parents qui avaient des comportements criminels, qui ont fait la prison. Ou bien qui subissent un stress intense dans l’enfance.
En grandissant, ça peut être un adulte qui sera très dépressif, ou alors un adulte qui aura une pathologie cardiovasculaire ou qui peut souffrir d’hypertension. Donc quand le cœur n’ose pas dire les choses, le cœur ici c’est une métaphore. Ce n’est pas le cœur lui-même, l’organe qui pompe le cœur.
C’est une façon de dire lorsqu’on ressent les choses au fond de nous et qu’on n’ose pas en parler. On accumule et cette accumulation peut entraîner ce qu’on appelle les douleurs psychosomatiques qui peuvent se manifester en céphalée.
D’autres appellent cela les nerfs. Et ça peut entraîner des reflux gastriques ou des douleurs gastriques. C’est ce qu’on appelle souvent le mal d’estomac, ou les douleurs au dos très intenses, et les douleurs musculaires. Le corps fait mal, d’autres disent avoir les courbatures, ça peut être lié au stress aussi.
Dans votre présentation, vous avez évoqué trois phénomènes : le stress, l’anxiété et la dépression. Qu’est-ce qui les différencie ?
On a souvent tendance à croire que ces trois phénomènes sont identiques. Pourtant, ils sont différents. L’anxiété est un état psychologique caractérisé notamment par la peur, l’inquiétude et l’anticipation d’un danger potentiel. Cette peur peut être diffuse : la personne ne sait pas toujours précisément ce qui l’inquiète.
Elle peut aussi anticiper une situation négative. Par exemple, une personne qui reçoit un diagnostic de cancer peut devenir anxieuse et craindre que la maladie entraîne sa mort.
L’anxiété se manifeste souvent par des inquiétudes importantes concernant différents aspects de la vie. Les enfants, le travail, les projets ou l’avenir. Lorsqu’elle devient intense, elle peut perturber le fonctionnement quotidien. Et entraîner des troubles du sommeil, notamment des difficultés d’endormissement.
Et la dépression ?
La dépression est un trouble de l’humeur qui peut se manifester par une tristesse persistante, une perte d’intérêt ou de plaisir. Et, chez certaines personnes, une irritabilité importante. On peut également observer un ralentissement psychomoteur, une diminution de la motivation ou une perte d’envie. Des changements de l’appétit peuvent survenir : certaines personnes mangent davantage, tandis que d’autres perdent l’appétit.
La dépression peut aussi s’accompagner de troubles du sommeil, comme l’insomnie ou l’hypersomnie. C’est-à-dire un sommeil excessif. Dans certains cas, des idées suicidaires peuvent apparaître.
Lorsque nous observons ces manifestations chez une personne de notre entourage, il est important de rester attentif. De l’écouter sans la juger et de l’encourager à consulter un professionnel de santé. En cas de danger immédiat, une aide urgente est nécessaire.
Et le stress, qu’est-ce que c’est ?
Le stress est une réponse naturelle d’adaptation de l’organisme face à une situation perçue comme exigeante ou menaçante. De nombreuses situations peuvent provoquer du stress. Toutefois, notre réaction dépend notamment de la manière dont nous évaluons la situation, des ressources dont nous disposons et de notre capacité à y faire face. Pour mieux gérer le stress, il faut donc commencer par identifier ce qui le provoque.
Quelle est la bonne manière de gérer le stress ?
Il n’existe pas une seule méthode efficace pour tout le monde. La gestion du stress commence notamment par une bonne organisation. Lorsqu’on a beaucoup de tâches à accomplir, organiser ses activités et définir ses priorités peuvent réduire la pression. En revanche, vouloir tout faire au même moment peut accentuer le sentiment de débordement.
Ensuite, les exercices de relaxation peuvent être utiles. Lorsqu’on est très tendu, on peut pratiquer des exercices respiratoires. Notamment la cohérence cardiaque, en suivant un rythme respiratoire régulier et confortable.
On peut également pratiquer une activité physique, consacrer du temps à des activités agréables et veiller à dormir suffisamment. Ces habitudes peuvent contribuer à améliorer le bien-être et à mieux gérer le stress. Enfin, l’humour peut nous aider à prendre du recul. A relativiser certaines situations et à mieux faire face aux difficultés.
Vous avez expliqué que la chambre devait avoir deux fonctions essentielles. Lesquelles ?
Dans le cadre des approches comportementales de l’insomnie, on recommande d’associer principalement la chambre au sommeil et à l’activité sexuelle. Il est également conseillé de limiter l’utilisation des écrans dans la chambre. Et d’éviter d’y rester éveillé pendant de longues périodes lorsqu’on souffre d’insomnie.
Si l’on n’arrive pas à dormir, il peut être utile de se lever, de pratiquer une activité calme dans une autre pièce et de retourner au lit lorsque la somnolence revient. Pendant la journée, il est préférable d’éviter de rester longtemps au lit en dehors des périodes de sommeil. Chez certaines personnes souffrant d’insomnie, des siestes courtes peuvent être envisagées, selon les recommandations adaptées à leur situation.
Vous avez également évoqué une comparaison entre le manque de sommeil et les effets du tabagisme sur la santé. Que faut-il comprendre ?
Le manque de sommeil et l’insomnie chronique peuvent avoir des conséquences importantes sur la santé. Ils sont notamment associés à des difficultés de concentration, à une fatigue persistante et à certains risques métaboliques et cardiovasculaires.
Le sommeil joue un rôle essentiel dans le fonctionnement de l’organisme. Il est donc important de prendre les troubles du sommeil au sérieux et de consulter lorsque les difficultés persistent.















