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Crise anglophone : Yaoundé et le dialogue communautaire 

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La crise anglophone fait bouger Yaoundé. Le Premier ministre Joseph Dion Ngute a achevé une visite de deux jours à Bamenda. Où il est allé expérimenter le « dialogue communautaire pour la paix ». Un nouveau format de dialogue inclusif visant à mettre définitivement fin aux conflits dans les deux régions anglophones.

Le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, a séjourné à Bamenda, la capitale du Nord-Ouest, les 15 et 16 octobre derniers. Pendant deux jours, le chef du gouvernement camerounais a échangé avec les forces vives de la région.

En effet, l’autorité expérimentait une nouvelle formule de dialogue. Celle-ci vise à ramener la paix dans les deux régions anglophones sinistrées par dix années de guerre. Cette nouvelle trouvaille, Yaoundé l’a baptisée « dialogue communautaire pour la paix ».

Le Premier ministre était accompagné dans sa mission par plusieurs autres hautes personnalités, dont des membres du gouvernement. Comme à Buea, le chef-lieu de la région du Sud-Ouest. Où il s’était déjà rendu le 28 septembre pour le même exercice.

Dialoguer avec la base

Mais de quoi donc s’agit-il au juste ? Selon l’entourage du Premier ministre camerounais, le dialogue communautaire met l’accent sur le dialogue avec la base. Dans cette perspective, les autorités à la plus petite échelle locale sont appelées à jouer un rôle de premier plan.

Ainsi, au niveau des arrondissements, des communes et villages, ces représentants de l’État devront entretenir le flambeau du dialogue. En échangeant avec les acteurs de chaque localité concernée. L’objectif étant d’apaiser les divergences et de parvenir à une paix durable dans chacune de ces unités territoriales.

« La dynamique s’opérera de la base vers le sommet », expliquent les experts entourant le chef du gouvernement. « Une instruction donnée par le président Biya, que le Premier ministre vient relayer pour qu’elle ruisselle en cascade. »

Crise anglophone : Dion Ngute pour la reprise scolaire

Défis : un mois sans incidents et des routes libérées

L’ambition que s’est fixée le gouvernement de Yaoundé est osée. Il s’agit de parvenir à passer un mois entier sans qu’un incident sécuritaire ne soit enregistré dans les localités ciblées. Et en plus, les citoyens devraient pouvoir utiliser les voies de circulation sans se faire attaquer par des belligérants.

D’ores et déjà, le Premier ministre Dion Ngute s’est satisfait de la désertion d’une trentaine de combattants séparatistes. Qui se seraient ensuite impliqués dans l’initiative de dialogue communautaire. Un signal positif selon le chef du gouvernement. Qui encourage les autres combattants encore actifs à imiter l’exemple.

Un problème de choix des interlocuteurs ?

Pourtant, il serait très tôt de jubiler. En effet, à l’ouverture du Grand Dialogue national, fin novembre 2019 à Yaoundé, un scénario similaire avait été présenté. Des jeunes affichés comme des combattants ayant déserté les rangs des Ambazoniens avaient été mis sous les projecteurs.

Toutefois, malgré la tenue de ce dialogue, les hostilités n’ont pas cessé. Et les tensions n’étaient pas retombées. Au contraire, elles avaient même redoublé d’intensité.

Les autorités de Yaoundé certes refusent de voir dans la présente initiative un nouveau format du Grand Dialogue national. Préférant parler plutôt de continuité du dialogue de 2019. Pourtant, il est difficile de ne pas y voir un aveu des limites des premières concertations alors engagées.

Les vraies problématiques toujours ignorées

Pour certains acteurs de la société civile, les vraies problématiques n’ont pas été adressées à ce jour. Notamment les questions liées à la forme de l’État. Ou encore le respect du système spécifique en vigueur dans les deux régions jusqu’à la réunification en 1972.

C’est l’avis du coordinateur de l’ONG Caminsud. « Dans le contexte de la crise anglophone, ce format ne permettra que de résoudre des problèmes ponctuels. Sans s’attaquer aux enjeux fondamentaux. »

Les tenants de cette lecture invitent le gouvernement à impliquer les leaders séparatistes dans le dialogue. Or, Yaoundé a jusqu’ici balayé d’un revers de main cette option. Et pendant ce temps, la crise s’enlise.

Des « ghost-towns » et des « lock-downs » à répétition  

Le dialogue communautaire intervient dans un contexte de flambée de violence. Marqué par les enlèvements des civils et l’exigence de rançons. Sans compter les accrochages réguliers avec les forces de sécurité et de défense nationales.

Et, d’autre part, la quasi-institutionnalisation des « ghost towns » (villes mortes) tous les lundis. Et des « lock down » imposés et s’étirant parfois sur plusieurs semaines à chaque rentrée scolaire ou académique.

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